La bourriche et le Lorrain
Mon arrière-grand-père venait d’une petite localité proche de Nancy. Durant la guerre de 1870 il lui fallut choisir : soit de venir allemand, soit prendre la route de l’exode ce qu’il fit.
Après un pénible voyage en charrette de plusieurs jours, le voilà qui arrive à Courbevoie. C’était la campagne : des champs, des jardins, c’était le paysage. Il trouva l’endroit agréable et il s’y posa avec femme et enfants puis il fit bâtir un pavillon qui se trouverait actuellement à la place de la fleuriste au coin de la rue de Dieppe et de la rue Danton en face de la Cité des Fleurs, la maison de retraite. En bas de la rue de Dieppe, c’était le boulevard de la Mission Marchand.
Mon père à cette époque, en 1930, avait 9 ans et avec son cousin, ils descendaient cette rue de Dieppe et comptaient les voitures. C’était l’un de leur passe-temps favoris, ainsi que d’aller chercher l’eau à la fontaine (il n’y avait pas encore l’eau courante en ce temps-là).
Un matin, une charrette s’arrêta sur le boulevard à leur hauteur : « eh ! Dîtes donc, vous les gamins, vous ne connaîtriez pas quelqu’un qui pourrait nous dépanner nous avons cassé un essieu. Mon père courut prévenir son grand-père qui parvint à réparer la roue. Ces gens-là venaient de Rouen pour aller aux Halles de Paris livrer leur poisson.
Quelques semaines plus tard la même charrette s’arrêta et voyant mon père non loin le Normand l’appela : « Eh ! Petit, tu donneras ça à ton grand-père, c’est pour le remercier. C’était une grosse bourriche d’huîtres. En voyant ce gros sac percé, le grand-père s’écria : « Regarde-moi ça ce con, il m’a ramené un sac de pierres. Eh oui, à l’époque c’était une denrée assez rare.
