La guerre à Rinxent

L’Exode

Nous vivions à Rinxent, un village à côté de Boulogne-sur-Mer. En 1940, j’avais cinq ans, une bonne partie de mon enfance s’est donc passée pendant la guerre.

Au moment de la débâcle française, nous sommes partis en exode dans la voiture de mon oncle, une Juva 4, et toute la famille s’y est entassée : ma mère, mes deux grands-mères, mes deux tantes, mon frère et moi ! Nous avons fait quelques kilomètres et nous nous sommes retrouvés sur la nationale, complètement bloqués par une multitude de gens qui fuyaient aussi. Mes tantes étaient adolescentes et je me souviens marchant et chantant avec elles le long de la file de voitures. Quand les adultes ont appris que les Allemands étaient déjà à Abbeville, ils ont décidé de rentrer à la maison. Sur la route du retour nous avons été mitraillés par les Stuka allemands. Nous avons trouvé refuge dans les fossés, nos grands-mères nous ont protégés de leurs corps, puis après le passage des avions, nous sommes remontés en voiture et nous avons parcouru quelques centaines de mètres avant qu’une grand-mère ne réalise qu’elle avait oublié mon petit frère dans le fossé.

Au moment où nous avons retrouvé la maison, un bombardement a fait sauter les vitres et nous avons couru nous cacher dans la cave de la voisine. C’est un très bon souvenir parce qu’elle m’a donné une tartine de miel.

Un copain de mon âge a voulu ramasser du charbon à la gare et il a été tué par un mitraillage de Stuka.

Ma main à couper

Avant l’arrivée des Allemands, ma mère a eu très peur parce qu’elle avait entendu raconter qu’en 14-18, ils coupaient les mains des enfants, elle a donc décidé de nous cacher derrière un grand buffet. On est restés là quelques heures et puis des petites voisines sont venues nous dire que les Allemands étaient sur la place du village (c’est d’ailleurs sur la même place que nous avons vu arriver les Canadiens en 1944). Nous avons couru voir ça et, effectivement, il y avait un char avec un tankiste en uniforme noir avec des « lunettes de soleil » C’est là que nous avons entendu le mot « Raus ! » pour la première fois.

Le petit blond

Puis, nous avons pris l’habitude d’aller voir les Allemands dans leurs baraquements, ils nous donnaient des bananes séchées ou des cigarettes. On leur demandait : « T’as pas une cigarette, frère, pour ma père qu’est à la guerre ?» et je les rapportais à mon père. Comme j’étais blond, un soldat allemand qui devait partir sur le front russe a demandé à ma mère la permission de m’embrasser avant de partir.

Sous les bombes

Dès le début de l’Occupation, des baraquements militaires ont été construits tout autour de notre maison et, nous les gosses, nous jouions avec les soldats. Ma famille a dû loger deux soldats allemands dans une chambre à côté de la mienne. Ils nous saluaient militairement avec un claquement de bottes quand ils rentraient le soir et un jour pour remercier mon père, ils lui ont amené un tombereau de fumier pour son jardin. Mon père avait fait Dunkerque, il avait pu rejoindre l’Angleterre puis avait été démobilisé et il était parvenu à revenir à Rinxent en passant par Cherbourg.

Nous avons eu droit à d’autres bombardements, alliés cette fois, parce qu’une usine d’armement fabriquait des obus à proximité et ils étaient ensuite acheminés par notre gare.

Nous étions à l’église quand c’est arrivé et ma mère nous a mis dans une niche de statue de Saint-Louis pour nous protéger, tous les vitraux ont volé en éclats.

En 1944, nous voyions passer les V1 qui volaient vers l’Angleterre. Un jour le bruit du moteur du V1 a arrêté de ronronner et il s’est abattu à, 800m de chez nous.

Enfin à la Libération, nous nous sommes retrouvés sous le feu des obus allemands.

J’étais sur mon petit pot dans la cour quand tous les carreaux de la maison ont éclaté !

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