La Mère Patrie
Je suis né en Tunisie pendant le protectorat français et j’ai bénéficié de ce qu’on appelait alors le « droit du sol colonial ». Mes parents étaient sujets britanniques anglo-maltais. Mon arrière-grand-père avait quitté Malte pour s’installer en Tunisie. Il fallait que je parle français à l’école alors que j’avais parlé maltais à la maison jusque là. Ma mère était très francophile et elle m’a interdit de parler autre chose que le français chez nous. Pour elle, la France, c’était la civilisation, le progrès.
Après l’indépendance, nous sommes partis en France, la « Mère Patrie » et la transition a été difficile. Les gens ne nous ont pas bien accueillis : « Sales Pieds-noirs, vous avez exploité les Arabes et maintenant vous venez exploiter les Français ! »
Je ne comprenais pas du tout parce que mon père, ce n’était pas un « colonisateur », c’était un petit artisan, un charron, il fabriquait des roues de voitures à chevaux, il était même fournisseur officiel du Bey de Tunis. C’était la tradition dans la famille. D’ailleurs, je l’aidais en maniant le soufflet de forge et il voulait que je prenne la relève. A Paris, cela n’a pas été possible.