Souvenir éternel

Pendant les essais nucléaires français en Algérie, je faisais des mesures de radiation dans les oasis.

J’ai assisté à deux explosions dans le Sahara.

Nous étions une petite section de scientifiques à observer le nuage atomique avec quelques légionnaires pour nous protéger parce que c’était la guerre et que pour la deuxième explosion dans la région de Reggane, on était en plein putsch des généraux, il y avait un risque qu’ils mettent la main sur la bombe.

Des appareils étaient disposés dans un rayon de 20 km pour filtrer l’air et permettre des relevés. En fait, nous n’avons mesuré que des doses très minimes de radioactivité.

En revanche, il nous est arrivé une mésaventure : deux ou trois jours après l’explosion, nous sommes partis en jeep faire le tour des appareils. Nous étions sur le chemin du retour, mais il n’est pas facile de s’orienter en plein désert et à un moment j’ai vu un cercle de petits drapeaux par terre. Je me suis demandé ce que c’était et, tout de suite, je me suis rendu compte que j’étais sur le point de traverser une grande surface vitrifiée, la tache de la bombe atomique ! Le compteur de radioactivité s’est affolé et nous avons rebroussé chemin à toute vitesse.

A la base, ils nous avaient vu prendre la mauvaise route et étaient persuadés que nous avions traversé le périmètre interdit. Nous avons été convoqués chez le colonel qui était furieux : « Bande de cons ! Qu’est-ce que vous avez fait ? Allez, au Château ! »

Le château en question, c’était une sorte de cercueil plombé dans lequel on mesurait avec une spectrographie les taux de radiation. J’ai appris à cette occasion que j’avais en moi du Césium 135. Et, je l’ai toujours, forcément c’est quasi éternel.

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