Les trois mutilés
Quand j’étais encore toute petite, nous étions dans un gare entre Tours et Vierzon et c’était la ligne utilisée par les Allemands pour remonter du sud vers la Normandie après le Débarquement.
J’ai vu descendre du train trois soldats qui s’appuyaient l’un sur l’autre. Le premier avait un pantalon coupé à moité d’un côté car il avait été amputé. Le deuxième avait un énorme pansement sur la figure et on apercevait à peine un œil. Le troisième avait un bras en moins.
Cela a changé ma façon de voir les « sales boches » comme j’entendais le dire tout le temps. Je me suis dit : « Eux aussi, ils trinquent. »
Ils n’avaient pas trente ans et leurs vies étaient foutues.