L’infirmière du Maréchal
Ma mère est issue d’une famille très bourgeoise, mon grand-père vivait de ses rentes, mais il a été aussi un des imprimeurs de Gallimard. Ils étaient extrêmement proches du Maréchal Pétain avant et pendant la guerre. Il était reçu régulièrement dans leur immense maison de Saint-Claude dans l’est de la région parisienne. La sœur de ma mère est même devenue son infirmière attitrée et dans les lettres qu’il lui adressait, il parlait de l’extrême douceur de ses mains. C’est tellement ambigu que je me doute de ce qui a pu se passer entre eux malgré la différence d’âge (ma tante avait une vingtaine d’années et lui, plus de soixante-dix quand ils se sont connus).
Au début de la guerre, Son petit frère, Paul, a été fait prisonnier et interné en Allemagne. Dans la famille, la version officielle est qu’il a réussi à s’évader, mais j’ai découvert qu’en fait, c’est Pétain qui l’a fait libérer. Ma tante s’est marié à un homme qui est devenu conseiller d’état qui a suivi le gouvernement à Vichy et siégeait même comme juge de Riom.
Le couple recevait beaucoup et leur vie était très mondaine. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a dénoncé des Juifs pendant cette période.
En 1944, à la Libération, mes parents habitaient en province et mon père, qui était médecin, est venu à Paris et il s’est retrouvé bloqué là avec ma sœur. Il a voulu demander à ma tante et son mari de les héberger, mais quand il a cogné à leur porte, ils ne lui ont pas ouvert car ils étaient terrorisés à l’idée que c’était des résistants qui venaient leur demander des comptes.
C’est un énorme secret de famille que j’ai eu du mal à découvrir.