Notre petite vieille

C’était au tout début des années 50, je suis arrivée en 5e à Vigny (aujourd’hui, c’est Paul Lapie, côté boulevard Briand) et dans ma classe, on m’a expliqué que nous, les élèves, serions responsable d’une personne âgée. On nous a donc confié une « petite vieille » comme on disait entre nous. Elle s’appelait Madame Petit et habitait rue Louis Blanc, près de la place Victor Hugo. A l’époque, il y avait plein de petites maisons ouvrières. Elle vivait là dans un rez-de-chaussée ave le strict minimum. Je ne sais même pas si elle sortait, la pauvre, je l’ai toujours vue assisse, moi. Alors, on venait la voir et on lui apportait un peu à manger. On s’était bien occupé d’elle, on avait même repeint sa cuisine. On y allait avec mon amie Josiane qui m’avait bien aidée à m’intégrer parce que je venais de la campagne. Ensuite, Claire-Nicole, une autre amie nous a rejointes.

Mes parents, qui étaient très conservateurs et ne voulaient pas que leur fille « traîne » avaient accepté parce que c’était pour une bonne cause. Le collège ne s’est occupé de rien tout ce temps-là, il n’y avait aucun contrôle de notre mission. J’étais contente, parce que ça me donnait un espace de liberté.

Il fallait prendre le bus pour descendre chez elle parce que j’habitais rue Madiraa, de l’autre côté de la gare de Bécon et c’était à l’autre bout de la ville.

Notre petite vieille avait commencé à travailler à dix ans dans une blanchisserie. Il y en avait beaucoup dans le coin de son temps et elle était obligée de descendre dans les cuves. Elle avait raconté à ma mère, comment elle s’était fait arnaquer par son employeur italien et toute ce qu’il lui était arrivé dans sa vie.

Quand elle est tombée malade, je me souviens que ma mère et celle de Claire-Nicole ont dormi chez elle plusieurs fois pour la veiller. C’était l’hiver 54 quand l’Abbé Pierre à lancer son appel à aider les pauvres.

On a suivi notre petite vieille jusqu’à sa mort et ce sont mes parents qui se sont occupés de son enterrement ! On devait être en seconde quand c’est arrivé.

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