La petite réfugiée
Peu après la déclaration de guerre, j’ai quitté Courbevoie, mes parents m’ont confiée à mon parrain à Rochechouart en Haute-Vienne. C’est devenu ma seconde famille. Nous écoutions sans arrêt la radio de Londres pour avoir des informations sur la guerre. Nous avons vu passer les colonnes de gens qui fuyaient leur région, c’était « l’Exode », c’était quelque chose de terrible. Ma famille a hébergé des gens exténués sur des lits de paille dans la grange. Ils sont restés deux jours. Les hommes étaient mobilisés, les femmes restaient seules. Je suis restée deux ans là-bas et je suis revenue à Courbevoie. Mais mon école, rue de Rouen, a été bombardée et je suis repartie à Rochechouart. Je suis devenue écolière de cette école de campagne, moi la petite parisienne. J’avais une jupe, des collants de laine, tout en noir avec une cape. Il commençait à faire froid. On m’avait acheté des beaux chaussons de feutre qu’il fallait glisser dans des sabots fermés.
Dans l ‘école, nous pendions nos capes aux porte-manteaux, nous retirions nos sabots et nous rentrions dans la classe en chaussons. L’hiver nous étions bien contents de nous réchauffer près du poêle à bois.. Pendant toute la guerre, j’étais très inquiète pour mes parents qui étaient restés à Courbevoie.
J’ai vu mes premiers soldats allemands en novembre 1942 quand ils ont envahi la « zone libre » .
Début juin 1944, j’étais encore à Rochechouart au moment du Débarquement. De la maison nous avons aperçu le convoi de la division Das Reich qui venait vers nous avec leurs motos, leurs camions et leurs tanks dans un bruit épouvantable. Un détachement s’est installé dans le bourg, dans le parc du château sur la hauteur. Ils ont tué six personnes au hasard, sans raison et ils sont repartis le lendemain dans la nuit.
Malgré la peur, nous étions heureux de savoir que les Alliés avaient débarqué.